Les différentes lois des marchands d'attrape-nigauds

Les différentes lois des charlatans

La vente et la promotion d'un attrape-nigauds sont régies par tout un ensemble de lois, universelles, que tout charlatan se doit de connaître s'il veut parfaire et percer dans ce métier. Avec un oeil exercé et un peu d'attention, on les reconnaît assez rapidement après les avoir identifiées, ce qui permettra d'éviter les écueils financiers et pourra vous faire faire de substantielles économies. En voici quelques-unes des plus célèbres et vive la loi !


Loi du vu à la télé Loi n°1 ou Loi du "vu à la télé : l'argument du "vu à la télé", pour obtenir un semblant de respectabilité, ou servir d'argument d'autorité majeur, est une tarte à la crème souvent utilisée par les marchands d'attrape-nigauds. Ces derniers jouent sur le fait que leurs futures victimes, scotchées devant le petit écran, avalant les pub autant que les balivernes, pensent sans doute que la télévision est une caution solide pour leur produit ou un organe délivrant la vérité vraie. Lorsque la publicité télévisuelle aura fait son temps, cette pseudo caution sera reprise par les mêmes vendeurs qui ont payé la campagne, pour l'inclure dans leur argumentaire papier ou sur leur site internet. Une variante de cette méthode est de faire vendre son produit par les émissions de télé-achat, peu regardantes sur la qualité ni la véracité des allégations mais davantage penchées sur leur chiffre d'affaire, pour ensuite intégrer l'élément "vu à la TV" dans l'argumentaire dit "technique" de l'attrape-nigauds. Il est aussi possible de reprendre la caution télévisuelle du concurrent vendant un produit similaire afin de valider son propre attrape-gogos. Cette façon de faire est évidemment plus économique, les charlatans l'adorent, surtout pour lancer leur propre commerce quand ils n'ont pas encore les fonds propres suffisants pour s'offrir leur propre campagne de pub. De toutes façons, étant donné le nombre important de chaines de télé, multiplié par le nombre de programmes, personne n'ira vérifier ni contester une telle affirmation. Enfin, les plus malins varient encore les plaisirs en achetant par exemple des pages de publicité dans des journaux et magazines à grands tirages, si possible sérieux et/ou médicaux, peu regardant sur la véracité des produits vendus, pour ensuite inclure la mention "vu sur X Magazine" ou "lu sur Y journal" dans d'autres publicités, le système circulaire est parfaitement rôdé, l'argument d'autorité est posé, la boucle est bouclée.

Loi du nombre de clients Loi n°2 ou Loi du nombre de clients : Le nombre d'acheteurs est un des critères qui, dans la tête de la population, suffit à valider l'efficacité d'un produit ou à en juger l'utilité, jusqu'à ce que le client se rende compte par lui-même qu'il s'agit d'un attrape-nigauds. C'est l'application même du principe de la preuve sociale. L'actualité nous offre un exemple du recours à cette loi avec l'homéopathie dont les vendeurs et médecins homéopathes se servent allègrement, et uniquement, pour déclarer leur spécialité comme "efficace" et "reconnue", alors qu'elle n'a jamais fait ses preuves scientifiquement. L'argument du nombre de clients sert ainsi à s'attirer la sympathie du public, contrer la critique et à s'offrir une virginité ou une respectabilité que les charlatans ne méritent pas. S'il suffisait, le nombre de clients validerait nombre de pratiques farfelues comme l'astrologie, la voyance, l'esclavagisme ou toute autre pratique populaire mais néanmoins pseudoscientifique

Loi du numéro 1 Loi n°3 ou Loi du "numéro 1" : s'autoproclamer "numéro 1 de ceci ou de cela" ou "première société Européenne de..." , "Trophée du meilleur ..." peut faire mouche et provoquer un réflexe conditionné de confiance (et d'achat) chez le consommateur pourtant usurpé. Pourtant, n'importe qui dans n'importe quel domaine peut, à loisir, se déclarer "le meilleur", "numéro 1, "premier spécialiste de", etc... rien, aucune obligation légale ni aucun diplôme, ne venant sanctionner une telle déclaration. Si cette vantardise peut faire plaisir aux charlatans, elle ne confirme rien dans les faits quant à l'expression utilisée et placardée, il ne s'agit que de belles paroles. Concédons tout de même que si un vendeur d'attrape-nigauds produit un chiffre d'affaire supérieur à ses concurrents dans le même créneau de l'arnaque, il puisse s'octroyer le titre de "numéro un (Français, Européen ou Mondial) de l'escroquerie".

Loi n°4 ou Loi de l'inversion de la preuveLoi de l'inversion de la preuve : Les charlatans ont une logique à toute épreuve qui les empêchent de comprendre que la charge de la preuve de l'efficacité d'un attrape-nigauds revient toujours à celui qui fait état de cette efficacité, c'est une règle de base en science et en logique. Malheureusement, les spécialistes de la camelote répondent aux critiques en leur lançant que ceux-ci n'ont aucune preuve scientifique de l'inefficacité du produit qu'ils attaquent (dans leur "prouvez-moi que ça ne marche pas !"), et terminent leur argumentation biaisée en invoquant la loi n°2. Comment faire la preuve de l'inexistence d'un effet qui n'existe déjà pas ? Impossible ! C'est la raison pour laquelle certains produits se voient interdits de publicité par la DGCCRF car les assertions accompagnant leur publicité, le plus souvent médicales ou paramédicales, ne sont étayées par aucune preuve scientifique et ne constituent que de pures déclarations gratuites.

Loi du produit des stars Loi n°5 ou Loi du produit des stars : faire venir une star ou une célébrité sur un plateau télé pour une pub, lors d'un télé-achat ou sur un flyer est toujours très vendeur. L'erreur logique (quand il ne s'agit pas uniquement d'une simple identification à la star), et l'utilisation mercantile qu'en font les charlatans, vient ici de ce qu'une personne célèbre ou un spécialiste dans un domaine donné, est parfois considéré aussi comme spécialiste dans d'autres domaines où pourtant elle n'y connaît strictement rien. Ainsi, prendre un joueur de football professionnel, excellant dans son domaine sportif, pour vendre des produits contre la chute des cheveux ne rend pas ce sportif spécialiste en chimie/physique, en dermatologie ni en biologie pour autant (surtout s'il est chauve !). Utiliser une actrice pour vendre une crème minceur n'en fait pas une biologiste émérite. Dire que telle célébrité a recours à une ostéopathe ou un acupuncteur ne valide par pour autant ces deux pseudo-médecines. La variante de cette loi est celle de l'utilisation d'un scientifique dans un domaine qui sort totalement de son champ de compétences, très commune chez les charlatans, cette loi est fréquemment utilisée en tant que pseudo validation scientifique par argument d'autorité.

Loi de l'amalgame ou de l'induction Loi n°6 ou Loi de l'amalgame ou de l'induction : créer un amalgame, rarement relevé lorsque présenté rapidement, est le moyen le plus simple pour faire sérieux et faire croire que son attrape-nigauds est soutenu par des faits scientifiques réels. Faire étalage, par exemple, des symptômes et/ou pathologies issues d'une carence ou d'un manque d'une vitamine, d'un minéral ou d'un oligo-élément précis, pour ensuite vanter les améliorations qu'impliqueraient une prise supplémentaire de ces mêmes éléments nutritifs (combinés) chez des personnes normalement nourries et en bonne santé, est caractéristique de cette loi. La connaissance scientifique de certains faits, vérifiés, n'en induisent par forcément d'autres, non vérifiés voire réfutés, mais ça, le charlatan ne l'évoquera pas. C'est ainsi que même si un manque de zinc peut causer la perte des cheveux, une supplémentation en zinc ne les fera pas pousser sur une tête frappée d'alopécie, ce n'est pas parce que l'oxygène est nécessaire à la vie humaine qu'un apport supplémentaire en oxygène pur rendra plus résistant à la maladie, ni parce que l'eau oxygénée a un fort pouvoir nettoyant ou antiseptique, qu'il faut en coller dans les dentifrices pour avoir de belles dents. Certains produits seront donc tout à fait d'inutiles dépenses, en pure perte, car aucun élément d'expérience ne viendront les confirmer dans la réalité, ce qu'ignorent la plupart des victimes de vendeurs d'attrape-nigauds. En clair, on ne peut inférer une chose d'une autre, ni partir de certains effets pour en induire certainement d'autres causes.

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- Influence & manipulation. Robert Cialdini
- Psychologie de la manipulation et de la soumission. Nicolas Guéguen